Spectacle

La Mastication des morts

(oratorio-solo) création 2009

D'après le texte de Patrick Kermann + Conception, interprétation Nicolas Heredia + Construction, illumination Gaël Rigaud + Collaboration, observation Marion Coutarel, Gaëlle Lévêque + Ce spectacle reçoit le soutien de Réseau en Scène Languedoc-Roussillon


Joyeuse chronique d’un village imaginaire racontée par les habitants du cimetière communal : ils prennent la parole pour témoigner d’une vie passée au village, régler leurs comptes avec famille, voisins, épouses, amants, veaux, vaches, couvées. Pour implorer, dénoncer, râler, avouer. Espérer. Dire les petits vertiges de l'existence humaine.
Un seul acteur interprète tous ces personnages : un moulin à paroles où les confidences individuelles se croisent et se répondent pour tisser peu à peu la "petite mémoire fragile" d’une communauté. Affleure alors gaiement la douce absurdité de la vie, ce petit temps qui nous est donné, si important, si dérisoire...

La Vaste Entreprise propose un oratorio-solo : un seul acteur s'empare de ces 32 personnages (et des poussières...). Le texte se présente comme un matériau brut. Les allées du cimetière sont chemins buissonniers. L’ensemble alors sera affaire de rythme : faire rythme la friction entre l’intime (l’individu) et la communauté (le village), entre la fresque et le portrait, la vue d’ensemble et le détail.
S’attacher à la la musicalité de l’écriture, à la justesse physique de l’état, sa densité, sa poésie, pour faire éclore la drôlerie, la fureur, ou le quotidien.
L'élément scénographique principal est une... cabane ? boîte ? Un espace clos, celui de l'enfermement, de l'intimité aussi, propice à la confidence... Quelque chose du moulin à paroles, de la boîte à musique : quand elle s'actionne, une nouvelle voix se fait entendre. Et autour de ce décor-objet - marqué des traces de quotidiens qui ne sont plus - un autre espace, des présences, des lueurs : un no man’s land (et qui pourtant scintille…)


ENTRETIEN

+ Vous êtes à la fois interprète et metteur en scène de "La Mastication des morts" de Patrick Kermann, pourquoi avoir choisi de travailler cet auteur, d'interpréter ce texte ?
J’ai découvert le texte en 2006, il m’a immédiatement touché : l’idée est incroyable, et brillamment écrite ; il y a une grande vitalité, quelque chose de joyeux qui se dégage de tous ces personnages, et chacun a une écriture propre, un rythme, une musicalité. Et une grande force poétique. J’ai été très touché par ces vies qui se résument parfois à une simple anecdote, un peu dérisoire. C’est un thème qui me travaille : que reste-t-il d’une vie, lorsqu’elle fait partie du passé ?

+ Trente-deux personnages interviennent dans cette pièce, vous êtes seul sur le plateau, pensez-vous que cela change la perception du texte ? Pourquoi avoir fait ce choix ?
La première fois que j’ai travaillé sur ce texte, c’était avec un groupe d’étudiants - ils étaient 35 : je les avais fait travaillé à partir d’improvisations, notamment pour essayer d’inventer une « scénographie humaine » : comment les acteurs peuvent définir les différents espaces, dessiner des lieux vastes ou intimes par leur seule disposition sur un plateau nu. Il s’agissait d’images fugaces, éphémères, qui s’évaporaient comme ces vies passées. Lorsque j’ai repris le travail, c’est l’image du moulin a paroles qui s’est imposée, et donc du solo, dans sa grande simplicité qui permettait aussi, d’une façon complètement différente, d’évoquer cette fugacité: l’acteur doit être comme un écran sur lequel se projettent, puis s’évaporent tous ces personnages. Il faut passer d’une énergie à l’autre en une seconde. Je joue des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, peu importe la vraisemblance extérieure, tout le travail est d’aller à  l’essentiel : la justesse du personnage, sa densité, sa sincérité. Je ne sais pas si cela change la perception du texte, mais j’espère en tous cas que cela donne à l’ensemble une certaine fragilité́ qui m’importait beaucoup.

+ La Mastication des Morts est la première création de La Vaste Entreprise. Le travail sur la « mémoire » est-il un axe que vous souhaitez continuer a développer ?
Oui, c’est un concept très large, la mémoire, qui me fascine, et j’ai envie d’essayer de voir comment on peut traduire théâtralement une notion comme celle-la . La compagnie prépare actuellement un prochain projet, justement sur les mécanismes mémoriels. Tricoter l’imaginaire et le réel...

+ Quel sens cela a pour vous de proposer ce spectacle en lieu rural ?
J’ai eu l’occasion déjà avec d’autres projets, d’autres compagnies, de présenter des spectacles en milieu rural. Mais avec La Mastication, la relation est particulièrement forte. La vie de cette communauté rurale y est perçue souvent avec d’avantage de complicité, de tendresse. D’ailleurs, dès le départ, nous avons souhaité que le spectacle puisse s’installer partout : le dispositif scénographique, la forme même du spectacle ont aussi été réfléchis dans ce sens. Et puis il y a en France, dans beaucoup de régions, de nombreuses programmations itinérantes dans les villages qui se développent autour de spectacles d’une grande qualité, qui proposent des univers artistiques singuliers et exigeants : ce sont des initiatives réjouissantes, pour le public et pour les artistes. Et c’est souvent un travail patient et audacieux pour les équipes que de créer ces rendez-vous sur les territoires, de les pérenniser et de les développer. C’est une démarche basée, je crois, sur la curiosité et l’ouverture, et qui ne peut fonctionner que si elle est partagée par les trois parties : artistes, programmateurs, spectateurs.

Propos recueillis par Laure Péret



REVUE DE PRESSE

+ Midi-Libre, 31 mars 2010
C’est drôle, inattendu, tendre, saugrenu. (...) Nicolas Heredia interprète tous ces personnages avec grâce, passant de l’anodin au gouffre en une seconde. On sort du spectacle rempli d’une tendresse joyeuse. Immanquable ! - M. R.

+ Midi Libre, 1er avril 2011
Un texte fort aux dialogues succulents, une mise en scène concise, cocasse, drôle et terriblement prenante.

+ CLN – Avignon, 8 juillet 2011
Des mémoires d’outre-tombe pour un solo mortellement drôle, touchant et original. Le comédien et metteur-en-scène Nicolas Heredia est seul en scène pour incarner tous ces défunts qui « mastiquent » leurs souvenirs, passant de l’un à l’autre avec une grâce inouïe. (...) Il nous amuse souvent, nous touche au cœur presque en contrebande. (...) Très beau moment de théâtre. - Nicolas Maury

+ La Terrasse – Avignon en Scène(s), juillet 2011
Le texte de Patrick Kermann, joyeux, féroce, tendre et drôle. (...) Prenant appui sur la musicalité de l’écriture pour donner une couleur à chaque revenant, Nicolas Heredia interprète, avec entrain, cette danse macabre, enlevée et jubilatoire. - Catherine Robert

+ La Provence, 12 juillet 2011
Ce défilé où se bousculent les chers disparus ne manque pas de drôlerie, ni d’émotion. - Alain Pécoult.

+ Le Bruit du Off, 15 juillet 2011
Le comédien virevolte avec légèreté et humour d’un caractère à l’autre, exprimant les déceptions, les rancunes, les histoires de voisinage et parfois les espoirs. (…) Il campe avec beaucoup de subtilité une trentaine de personnages aux destins croisés. Et le public ne s’y trompe pas. On rit franchement et applaudit volontiers le spectacle et la performance. C’est enthousiasmant. - Franck Glatigny.

+ Zibeline - Mensuel culturel Marseille Sud-est, 14 septembre 2011
Pas de répit, et la libération des voix et des âmes va provoquer un témoignage croisé jubilatoire, entre confidences et aveux. (…) Avec beaucoup de grâce, Nicolas Heredia donne souffle et vie à chacun, et insuffle poésie et vitalité aux souvenirs ! - Do. M.

+ Olé ! - Mensuel culturel, 27 septembre 2011
Nicolas Heredia a du sentir à quel point ses personnages, ici, ont touché les gens. - Michèle Solans.

+ Millardiz, Webzine artistique – avril 2012
Toucher au tabou de la mort peut être un sujet casse gueule, mais Nicolas Heredia en fait une prouesse, comme un équilibriste, toujours sur le fil du rasoir. (…) Un moment d’émotion. (…) Plus subtil qu'un grand huit, on en sort avec une vision de la mort plus douce.

+ Journal du Cossonay (Suisse) – 5 avril 2012
La mort n’est pas qu’une tragédie, elle est aussi l’occasion d’un récit, d’un bilan, d’une parole, qui peut être surprenante, ou drôle. (…) L’ordre d’apparition des personnages n’est pas proposé par l’auteur, mais par le comédien-metteur en scène qui les habite et les habille avec un certain génie, tour à tour badin, bavard, tragique, illuminé, émouvant, homme, femme, allemand, américain, révolutionnaire, râleur, danseur, épistolaire, récalcitrant… C’est une pièce décidément joyeuse et inattendue, et le public devient collectionneur et enquêteur d’une aventure qui finit par lui paraître familière. L’on sort du spectacle en jubilant. - Sébastien Krauer.

+ L’Art-Vues - Mensuel culturel, avril 2013
Un petit bijou ! Surprenant et irrésistible - Marie-Christine Harant.



Ce spectacle a notamment été accueilli à :
Théâtre des Halles, Avignon / sortieOuest, scène conventionnée écritures d'aujourd'hui / Les Saisons du Lodevois et Larzac / Derrière le Hublot / ATP d'Uzès / Scènes Croisées de Lozère, scène conventionnée écritures contemporaines / Les Transes Cévenoles / Festival Remise à Neuf / Festival de Rue de Ramonville / Festival Label Rue / Saison itinérante Bouillon Cube / Primavera Francófona - Barcelone, Institut Français / Pau, "Pau Fête le Livre"/ Château de La Sarraz - Maison des Artistes, Musée Romand (Suisse) / ZAT Montpellier # 4 / Le Théâtre dans les Vignes / Pennautier, Théâtre Na Loba / Pontcharra, Théâtre Le Coléo / Bédarieux, La Tuilerie / La Cafetière, Chatancourt / Villeneuve-lez-Avignon / Saison culturelle Melando...
+ AUTRES DATES A VENIR...

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