installation pour l'espace public

Légendes

(réalité augmentée) création 2017

Une colonisation poétique de la ville imaginée et écrite par Nicolas Heredia + régie générale Gaël Rigaud + Coproduction Résurgence, festival des arts vivants en Lodévois et Larzac + Soutiens Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée (compagnie conventionnée)


Sur le modèle des plaques commémoratives, Légendes est une installation éphémère pour la ville, qui se propose de commémorer, non pas des gens célèbres et des évènements importants, mais des gens inconnus et des faits ordinaires.
Faire apparaitre l’invisible à la surface de la rue, et légender l’espace d’une multitude de légendes...

- Appréhender l’environnement urbain, non pas dans sa supposée vérité historique, mais en tant qu’espace porteur d’une multitude d’intimités - et donc : de commun.
- Jouer de la friction entre le spectaculaire et l’intime : entre un médium qui attire l’oeil et l’aspect infra-ordinaire d’une écriture elliptique et sensible.
- Déployer l’installation dans la ville en près de 300 écriteaux : des micro-romans, du plus visible au plus subtil, sur les trajets de chacun et dans ses usages les plus quotidiens, pour inviter dans le jeu tous les habitants - et non les seuls habitués des manifestations culturelles.
- Parvenir, peut-être, au paradoxe suivant : attirer le regard par tous les moyens, mais pour l’aiguiller (l’aiguiser ?) vers autre chose - non pas l’installation elle-même, mais tout le reste : le potentiel poétique de tout ce qui se produit autour de nous à chaque instant dans l’espace de la ville.

[ La première escale du projet "Légendes" a eu lieu dans les rues de Lodève à l’occasion du Festival Résurgence, du 20 au 23 juillet 2017 ]

Le projet est né alors que nous étions en résidence pour deux saisons en Lodévois & Larzac, sur un territoire (et avec des équipes) que nous commençons à bien connaître. Nous disposions d’une confiance totale et d’un soutien joyeux : l’occasion parfaite de mettre en place une première mouture de ce projet hors-norme, et d’inventer les modalités de partage de cette nouvelle tentative d’écriture plastique pour la ville ; l’occasion aussi d’éprouver ses rouages logistiques et sa mise en oeuvre, en complicité avec riverains et commerçants. Et, à partir de cette première expérience partagée avec plus de 15 000 personnes (si on compte les festivaliers, mais aussi les habitants qui ne fréquentent pas forcément le festival), nous nous réjouissons aujourd’hui de faire évoluer le travail, en vue de prochaines escales...

Point de départ : commémorer l’ordinaire
Le point de départ de Légendes , ce sont les plaques commémoratives que l’on trouve partout dans les rues : ici vécut Jean Moulin, ici vécut Marcel Proust, ici naquit Gustave Eiffel, et ici André Malraux acheva La Condition humaine. Comme mon travail consiste généralement à m’attacher aux détails, à ce qui, à priori, n’a pas d’intérêt, l’envie est venue de commémorer toutes choses pouvant faire la ville, dans le flux des passages quotidiens, dans le cycle des vies qui se succèdent dans un même espace : des instants invisibles, tant qu’ils ne sont pas révélés, commémorés. C’est aussi ce qui donne au projet son sous-titre de réalité augmentée.

L’intime à grande échelle
D’un point de vue plastique, autant que dramaturgique, l’enjeu tient dans un paradoxe : jouer de la friction entre le spectaculaire et l’intime - entre un médium qui attire l’oeil (ces affiches jaunes qui font irruption partout dans la ville, du très grand format au plus petit) et l’aspect infra-ordinaire d’une écriture elliptique et sensible. L’installation interpelle d’abord parce qu’elle crée un évènement qui transforme l’espace habituel ; puis elle raconte, en près de 300 micro-romans - condensés en une seule phrase - les infimes murmures de nos vies. Des choses assez drôles, et d’autres plus mélancoliques : les rencontres manquées, les regrets et les espoirs, les pensées inavouables, les rituels quotidiens et les solitudes juxtaposées. D’ailleurs, ce ne sont peut-être pas 300 micro-romans, mais 300 chapitres d’un seul roman...

Réalité et fiction
Pour revenir rapidement au sous-titre, réalité augmentée, il me plaisait aussi beaucoup parce que, outre la référence à la technologie numérique (pour cette installation constituée exclusivement d’objets concrets !), nous jouons du trouble entre réalité et fiction. C’est souvent le cas dans mon travail - dans N’attrape pas froid ou Visite de Groupe, par exemple, et dans la plupart des écritures in situ).
Pour Légendes, l’idée n’a jamais été de partir de témoignages, comme j’ai pu le faire avec d’autres projets. Au contraire : pour une fois, prendre d’une certaine façon les choses à l’envers. Ne pas partir d’un espace pour aller vers une écriture, mais partir d’une écriture pour aller vers un espace. Je me suis attaché d’abord à écrire cette sorte de roman-monde, donc, non contextualisé (ou plutôt : en attente de contextualisation) qui ne prendrait corps et chair que dans sa rencontre avec l’espace d’une ville, incluant les rues, les commerces, et même les passants en son sein - comme décors et protagonistes naturels et évidents. Et là opère le trouble avec la réalité : chaque Légende s’énonce comme une vérité, qui comporte une date et des initiales précises, et c’est cette ambiguité qui m’intéressait. Augmenter la réalité.

Le public au coeur de l’installation
Une fois le festival lancé, nous avons découvert sur place, pendant trois jours, comment les gens s’emparaient de cette installation. Que ce soit le festivalier, ou la vieille dame qui sort juste pour aller à la supérette, tout le monde se laisse prendre au jeu. Il y a un côté jeu de piste - alors même qu’il n’y a pas d’ordre défini, ni de “résolution”... Beaucoup de gens, évidemment, prennent en photo telle ou telle affiche. Certains se montrent, sur leur portable, la photo d’une Légende située à l’autre bout de la ville, que l’autre n’a pas vu.
Il y a aussi des gens plus pragmatiques : certains nous demandaient “Mais par où ça commence ? Il faut les lire dans quel ordre ?”. Alors, le deuxième jour, nous avons posé la Légende suivante : “Ici, le 21 juillet 2017, R. se demande s’il faut suivre l’ordre des numéros pour comprendre quelque chose à tout ça.”
Beaucoup voulaient emporter quelque chose. Les cartes-postales par exemple, que nous avions disposées sur des présentoirs devant l’office de tourisme, et parmi les vrais présentoirs de cartes-souvenirs des buralistes, étaient prises très vite, et notre stock a été rapidement épuisé. D’autres partaient des restaurants en emportant leur set de table, ou la bouteille de vin - dont l’étiquette portait aussi une Légende. Des présentoirs de menus en plexi ont même été volés aux terrasses des buvettes ! D’autres nous demandaient simplement s’ils pouvaient récupérer telle ou telle affiche après le festival. Du coup, nous avions invité tout le monde - via le facebook du festival - à venir à la fin du démontage récupérer l’affiche de leur choix.
Mais évidemment, nous avons aussi rencontré quelques personnes qui trouvaient ça vraiment moche et sans intérêt : sur 15 000 personnes, on se doutait bien qu’il y aurait quelques sceptiques... alors nous avions anticipé : “Ici, le 23 juillet 2017, P. descend la rue, et se dit que toutes ces affiches partout, et ce jaune criard, c’est pas joli joli ”. Une de celles qui, probablement, a finalement remporté le plus de succès...


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