IN SITU

Inventaire balnéaire

(Archives du sensible 1) création 2015

+ Conception, images, écriture Nicolas Heredia + Jeu Marion Coutarel, Nicolas Heredia + Régie Gaël Rigaud + Ce projet EST UNE CO-PRODUCTION LA VASTE ENTREPRISE ET PARC NATUREL RÉGIONAL DE LA NARBONNAISE (DANS LE CADRE DE PAYSAGES EN CHANTIER / LES ARCHIVES DU SENSIBLE) + AVEC LE SOUTIEN DE LA DRAC LANGUEDOC-ROUSSILLON (MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION)


Soit N. l’auteur de cet ouvrage
invité par le Parc Naturel Régional de la Narbonnaise
dans le cadre du projet Paysages en Chantier / Les Archives du Sensible
à venir explorer la parcelle de littoral balnéaire que constituent Narbonne-Plage et St-Pierre-la-Mer.

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Le 24 février 2015,
N. roule sur l’autoroute A9 en direction de Narbonne,
puis Narbonne-Plage et St-Pierre la Mer,
en écoutant les informations de la matinée.
Il aurait trouvé plus adéquat que la radio diffuse « La Mer » de Charles Trenet, mais cela ne s’est pas produit.
Il a néanmoins eu la chanson dans la tête toute la journée.
Il se disait, bien-sûr, que ce n’était pas très raisonnable de débuter l’exploration avec un tel cliché

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L’hiver c’est très calme vous savez
C’est pas maintenant qu’il faut venir vous auriez du venir pendant l’été plutôt.
L’hiver vous voyez on est entre nous on reste là.
Nous on a nos vies ici mais on croise pas grand monde
queques représentants de commerce parfois
qui viennent dormir ici
pour être face à la mer plutôt que dans un hôtel de bord d’autoroute
mais enfin ils sont pas nombreux vous savez.
L’autre jour le patron de l’hôtel m’a dit qu’il avait reçu le frère d’un acteur célèbre
mais je sais plus lequel je vous dirai une bêtise.
En tous cas il était là en chair et en os et peut-être qu’un jour son frère viendra aussi.
De toutes façons nous on est habitués à avoir besoin de rien en attendant que l’été revienne.
On se voit au bar et on joue aux cartes
puis tout le monde rentre tôt
et après le soir y’a plus personne dans les rues.
On entend la mer, mais c’est tout.

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Le 2 juillet 1939,
R. fume une gauloise en regardant ses deux enfants jouer dans le jardin de sa maison de vacances,
à Narbonne-plage.
Il se dit que c’est bien d’avoir fait construire une maison à la mer.
Il regarde autour,
le sable,
la mer,
la première maison à 300 mètres de la sienne.
Il se dit que bientôt, sans-doute, il y’aura d’autres maisons, d’autres commerces.
Puis il écrase sa gauloise.

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En plein mois de février,
N. a passé deux nuits dans un hôtel face à la mer,
où il était de toute évidence l’unique pensionnaire,
et c’est quelque chose qu’il n’avait jamais fait.
Il en a profité pour se rendre sur le site de l’Office de Tourisme,
où l’on peut voir à toute heure les images flmées en direct par la webcam accrochée en haut d’un lampadaire.
On peut, par exemple, zoomer sur la promenade du front de mer et regarder les passants longer la plage,
ou courir,
ou s’embrasser,
ou promener le chien.
ou s’asseoir un moment, et attendre.
Parfois, en hiver, personne ne passe dans le champ pendant 25 minutes.
Mais quelqu’un peut surgir à tout moment.

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Le 11 juin 2008
alors qu’il somnole sur la plage
L. entend les conversations de ses voisins de serviette.
Une femme dit à une autre
Aujourd’hui avec les cancers de la peau
les gens ne passent plus la journée à la plage
l’après-midi ils font autre chose.
Et dans son demi-sommeil
L. se demande ce qu’il va bien pouvoir faire cet après-midi.

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Chers amis. Enfin, nous sommes à la mer. Comme vous le voyez, je n'ai pas trouvé de jolie carte-postale. On ne trouve plus que des cartes avec des femmes nues. C'est un peu dommage. J'aurai préféré quelque chose de plus simple. Tant pis. Enfin, c'est surtout l'occasion d'écrire un mot, n'est-ce pas. Bon, voilà. On se voit bientôt.

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Ici depuis déjà huit jours, mais je me sens seule car Jean-Pierre reste dans la chambre toute l'après-midi à regarder le Tour de France. J'avais rêvé d'autre chose pour ces vacances. Je vous embrasse, sans enthousiasme.

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le 4 juin 2015,
N. entre dans une boutique de souvenirs et articles de plage
bien décidé à acheter quelque chose qui puisse représenter Narbonne-plage.
Il tombe tout de suite sur une mouette en peluche
également utilisable en porte-clés
(bien que sans doute un peu encombrant dans un sac à main
et à fortiori dans une poche de pantalon).
La mouette en peluche
également utilisable en porte-clés
a la particularité
et l’avantage
de faire du bruit si on lui presse le ventre.
Elle fait un bruit de mouette
(disons un bruit de mouette de synthèse, mais enfin, c’est tout à fait reconnaissable)
N. ne peut pas résister à la tentation d’acheter la mouette.

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le 4 juin 2015,
N. entre dans une boutique de souvenirs et articles de plage
bien décidé à acheter quelque chose qui puisse représenter St-Pierre-la-Mer.
Il regarde les nombreux articles
tous imprimés d’images de la station.
t-shirts
tasses
dessous de plats
reposes-cuillère
coupelles pour les noyaux d’olives (c’est vrai qu’on ne sait jamais quoi faire des noyaux d’olives).
N. tombe finalement sur une étagère remplie de phares de toutes tailles,
joliment peints en bleu et blanc.
Ce sont des phares qui ne ressemblent absolument pas au phare de St-Pierre-la-Mer.
Mais vraiment pas du tout.
On dirait des phares bretons.
N. choisit un phare breton de taille moyenne et l’achète.
Le vendeur propose gentiment de graver dessus
“St-Pierre-la-Mer”.
N. accepte très volontiers.


..............Calendrier...............

+ Février 2015 Exploration (première partie)
+ Juin 2015 Exploration (deuxième partie)
+ Août 2015 Exploration (troisième partie)
+ Ven. 16 octobre 2015 (AUDE) RESTITUTION PUBLIQUE - Fleury d'Aude

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