Spectacle

L'Augmentation

(épopée immobile) création 2011

D'après le texte de Georges Perec + Conception et interprétation Nicolas Heredia / Construction et partition lumière Gaël Rigaud / Collaboration, observation Marion Coutarel, Gaëlle Lévêque / Aide à la production de la Région Languedoc-Roussillon / Soutien et accueil en résidence de la Communauté de communes Lodévois et Larzac dans le cadre des Saisons / Ce spectacle reçoit le soutien de Réseau en Scène Languedoc-Roussillon


L'Augmentation ou comment, quelles que soient les conditions sanitaires, climatiques, psychologiques, économiques ou autres, mettre le maximum de chances de son côté en demandant à votre chef de service un réajustement de votre salaire.

Dans L’Augmentation, Georges Perec imagine un drôle de jeu de l'oie théâtral : le parcours kafkaïen d’un employé en quête d’une augmentation.
Dans cette histoire, cette "épopée immobile", une vie passe toute entière en un souffle. La vie d’un pion qui évolue, geste par geste, de case en case, de bureaux en couloirs, de portes fermées en portes entrouvertes... Avancer, progresser, recommencer, avancer, progresser... Notre but, votre but : obtenir une augmentation de salaire. L’accomplissement ultime.
Mais le temps passe, la course est folle, "l'entreprise qui vous emploie" devient "la vaste organisation dont vous n'êtes qu'un pion minuscule", et nous voilà déjà vieux.
Dépêchons-nous.


A propos du spectacle...

+ L’Augmentation, un spectacle sur le monde du travail ?
Au départ, le texte de Perec m’a séduit par sa dimension métaphorique : il parle de la quête en général, de ce fil qui nous tire vers un objectif plus important que tout, alors que d’autres trouveront peut-être notre course un peu futile et vaine. C’est vraiment de là qu’est née mon envie de m’emparer de ce texte, parce qu’il me semblait que je voyais ça tous les jours autour de moi. Après, bien-sûr, la peinture du monde de l’entreprise est fascinante, drôle et grinçante. Ce qui est formidable dans ce texte, et très troublant, c’est que ce n’est pas un procès à l’emporte-pièce du patronnat, c’est un questionnement plus ouvert : de quelle manière les individus participent à cette dérégulation des rapports ? A partir de quand, et jusqu’où ?

+ L’Augmentation en solo ?
C’est une expérience extrêmement forte que d’interpréter ce texte. Je le compare d’ailleurs souvent à un agrès d’équilibriste, parce qu’il y a effectivement quelque chose de l’ordre du danger, de la « possibilité d’une chute » : à tout moment, le texte peut vous jouer un tour, il est construit comme ça – on pourrait d’ailleurs même dire « il permet ça », tant cela crée quelque chose de très intéressant au niveau de l’état de l’acteur. Que l’acteur soit « sur le grill » me semble très judicieux par rapport à ce que raconte le texte, et le solo accentue évidemment cet aspect-là. Ensuite, le texte est une recherche très aboutie sur la musicalité de l’écriture, et j’aimais cette idée d’homme-orchestre qui joue seul la partition très contrastée de ses aspirations, rêves et fantasmes, jusqu’à tout démultiplier, y compris lui-même. C’est un labyrinthe mental et un labyrinthe musical.

+ L’Augmentation, jeu de l’oie théâtral ?
Oui, parce que c’est effectivement comme un jeu dont vous êtes le (anti !)héros, un jeu fait d’une succession de cases : on avance, on avance, mais on peut à tout moment retourner à la case départ. En répétions, cela nous ramenait aussi très souvent au langage cinématographique : nous construisions notre édifice par plans, en parlant de champ/contre-champ, de plans de coupe, de fondus, de soubresauts de pellicule… C’est la grande force de Perec : il savait laisser la place à toutes les fantaisies en partant de structures formelles très contraintes. C’est certainement pour cela qu’il continue d’inspirer autant d’artistes, dans tous les domaines. Et c’est pour cela que pour les lecteurs, les spectateurs, la rencontre avec ses œuvres reste une expérience marquante




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